professionnelles de la petite en

L'activité des professionnelles de la petite enfance

La CNAF publie en octobre 2011 un rapport sur l'activité des professionnelles de la petite enfance : personnels de crèche et assistantes maternelles

Vous trouverez l'intégralité du rapport ici

En voici quelques extraits concernant les assistantes maternelles :

"Les observations que nous avons pu conduire avec les assistantes maternelles tiennent à des relations particulières et privées, la PMI s’étant montrée très réservée par une approche impliquant des observations de travail au domicile des professionnelles"

"L’intérêt porté par les professionnelles rencontrées à cette perspective sur leur travail offerte par la recherche...témoigne, s’il en est besoin, du manque de reconnaissance sociale dont elles souffrent et de l’importance pour elles d’accéder à une valorisation plus grande de leur travail."

"Pour les assistantes maternelles la question de rester dans le rythme se pose également mais avec moins d’acuité (que dans les crèches) , d’une part parce que le groupe d’enfants, moins important, risque moins d’empiéter sur le fonctionnement établi et d’autre part parce qu’elles travaillent seules. Leurs décisions ne mettent donc pas en danger le fonctionnement d’un collectif. Pourtant de la même manière que dans les crèches, les assistantes sont vigilantes à respecter une certaine régularité dans les horaires des enfants pour répondre aux attentes des parents. La matinée est donc organisée en cinq temps : l’accueil de tous les enfants, un temps de jeux pour les plus grands et de repos pour les plus jeunes, entrecoupé souvent des préparatifs du repas, un temps de sortie courte, puis le repas et la sieste. Ces temps structurent manifestement unereprésentation de la garde bien faite et il est important pour ces professionnelles de s’y conformer strictement. C’est d’ailleurs sur l’organisation de ce temps qu’est restitué le compte rendu aux parents de la journée de leur enfant.

 

Lorsque Mme A. organise la rencontre collective avec ses autres collègues, la contrainte temporelle génère parfois des tensions avec les parents qui ce jour là viennent en retard.

L’assistante se sent ici déniée dans sa fonction professionnelle et ravalée au rang de garde qui n’est soumise qu’aux horaires des parents. A propos d’un parent qui arrive en retard alors que c’est le jour du regroupement entre les assistantes de l’association, une d‘entre ellesmanifestement en colère contre ce parent retardataire dira : "pour eux, ils ne se rendent pas  compte que les horaires pour nous c’est important. C’est leurs horaires à eux qui comptent 

c’est tout… que nous après on court comme tout, ça leur est égal."

L’horaire à tenir constitue pour les assistantes maternelles un repère à la fois pour leur organisation avec les enfants mais aussi pour leur image professionnelle. Tenir l’horaire, arriver à l’heure, ne pas être en  retard... sont des marqueurs externes d’un activité professionnelle, qui au-delà du cadrage temporel qu’ils structurent pour l’activité avec les enfants, placent les assistantes maternelles à l’égal des parents et leur permet indirectement de valoriser la garde des enfants comme un métier et non comme une occupation.

Comme dans les institutions scolaires, les parents sont perçus de manière ambivalente. A la fois appréciés, dans la mesure où ils font confiance pour la garde de leur enfant, mais en même temps redoutés, parce qu’ils peuvent manifester un très fort niveau d’exigence, ils font l’objet d’attentions particulières parce que la crainte qu’ils soient mécontents plane toujours, y compris dans les structures collectives où la présence de professionnelles avec des statuts plus élevés aide pourtant à la régulation des relations"

De fait, la pression exercée par le jugement des parents est encore plus importante pour les assistantes maternelles, qui sont moins protégées par l’institution et pour lesquelles le temps de « restitution » de la journée aux parents, et plus généralement les temps de rencontre avec les parents, sont moins formalisés qu’ils ne le sont dans les structures collectives. Ils le sont d’autant moins que le retard fréquent des parents le matin, lorsqu’ils « déposent » leur enfant, ou le soir, lorsqu’ils viennent le chercher, peut conduire à oublier ou à abréger ce temps, voire offre la possibilité aux parents de s’en abstenir « faute de temps ». Ce faisant, ils marquent ainsi doublement une non reconnaissance de la professionnalité des assistantes maternelles : par le non-respect du contrat passé avec elles s’agissant des horaires de garde, d’une part, et par le fait de l’indifférence qu’ils manifestent àl’égard du travail réalisé en se « dérobant » de la sorte face au récit de l’activité, d’autre part.

C’est ce que nous avons pu observer à deux reprises, à l’occasion du retard d’un parent le matin, alors qu’il était notamment question de rejoindre les collègues assistantes maternelles dans l’espace réservé à l’association, ainsi que lors du retard d’un parent le soir alors quenous avions prévu de nous entretenir avec l’assistante maternelle, suite au départ des enfants, ce qui n’a pu se faire dans les conditions souhaitées.

" La difficulté semble accrue pour les assistantes maternelles qui sentent parfois une amertume des parents quand ils constatent que la professionnelle réussit là où ils échouent. Mais loin d’en être fières, elles se sentent fragilisées par leurs compétences professionnelles, et craignent toujours un retrait de l’enfant pour une place en garde collective

«Je ne peux rien dire, mais avec moi la petite je n’ai aucune difficulté pour la faire manger ; Chaque fois la maman me demande et avec vous comment ça se passe ? Au début je disais, non rien tout va bien elle mange toute la viande, les légumes… Mais après j’ai senti que bon… Elle me disait mais comment vous faites ? Vous avez un don ou quoi ? Et moi là je sentais que ça l’énervait… mais vraiment, qu’elle était même jalouse…. Alors après je vous assure j’évitais de parler du repas. Je racontais la sortie, tout, mais le repas vraiment j’évitais…"

Répondre ou résister aux demandes des parents

Dans la quête de positionnement par rapport aux parents, les personnels exerçant en structure collective disposent de ressources dont ne peuvent bénéficier les assistantes maternelles exerçant à domicile. Dans les crèches, le rapport aux parents se trouve, en quelque sorte, médiatisé par le fonctionnement de l’institution et les règles mises en place pour encadrer la relation aux parents et ne pas se laisser déborder par leurs éventuelles injonctions. Ces règles protègent ainsi les professionnelles et leurs permettent de s’affirmer face aux parents. Nous avons ainsi pu constater, au travers de certains événements, que leur parole n’est pas aussi injonctive qu’elle l’est pour les assistantes maternelles

On peut noter ici que si les contraintes de devoir s’occuper de plusieurs enfants à la fois sont tout aussi présentes pour les assistantes maternelles, ces dernières ne peuvent pas aussi facilement recourir à la dimension du collectif pour différer leurs réponses aux sollicitations. Pour ces professionnelles, d’une part les enfants étant moins nombreux, elles peuvent un peu plus facilement les satisfaire dans leurs demandes, mais d’autre part leur statut social étant moins assuré, elles essaient de se différencier de la crèche par cette plus grande souplesse de fonctionnement. Il peut alors s’en suivre de nombreuses désillusions quand elles comprennent que les parents ne leur sont pas reconnaissants

Ainsi, plus encore que les auxiliaires dans les crèches, les assistantes maternelles sont tenues d’instaurer de bonnes relations avec les parents des enfants dont elles ont la garde. Ces « bonnes relations » souffrent néanmoins de manque de clarification et une des activités des assistantes maternelles consiste à instaurer une relation de confiance. C’est dans ce but que

Mme A. s’attache à ce que son appartement soit propre et rangé pour l’arrivée des parents. Il faut « montrer » une organisation de vie conforme à leurs attentes pour qu’ils puissent laisser leur enfant sans arrières pensées de mauvais traitements. Ce travail de mise en scène de l’espace à la fois rangé mais également adapté aux enfants avec des meubles à leur hauteur n’est jamais considéré comme une activité. Pourtant, chaque matin, les assistantes maternelles effectuent ce travail souvent dans la hâte mettant parfois leur famille à contribution. Le ménage, la propreté et le rangement ne sont donc pas seulement des tâches ordinaires de l’activité domestique mais des attitudes professionnelles qu’il leurs faut savoir endosser rapidement pour installer le cadre de leurs relations avec les parents.

Outre le cadre, la manière d’accueillir semble également déterminante. Si les parents peuvent arriver harassés et parfois exaspérés, se plaignant de la mauvaise nuit que leur a fait passer leur enfant malade, l’assistante se doit d’être souriante, enjouée, et d’une certaine manière forcément contente de prendre le relais de la garde parentale. L’accueil de l’assistante maternelle, en dépit de la bonne figure qu’elle montre, souffre souvent dans ces courts instants avec les parents d’un manque de reconnaissance

"

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